Colombi’alim : Comprendre et partager le concept de Souveraineté Alimentaire grâce à des entretiens en Colombie

Le projet Colombi'Alim, porté par deux bénévoles d'ISF Bordeaux, a pour objectif d'élaborer un jeu de société sur le thème de la souveraineté alimentaire en Colombie suite à la rencontre de nombreux-euses paysan-nes, chercheur-euses, associations, citoyen-nes et fonctionnaires en Colombie. Découvrez plus en détail les grandes étapes du projet dans cet article !
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Colombi'Alim et ses partenaires
ISF Bordeaux

Isaline et Vincent sont deux membres d’Ingénieurs Sans Frontières Bordeaux. Étudiant-es agronomes et passionné-es des questions de développement agricole, iels se sont penché-es sur le concept de Souveraineté Alimentaire. Ce concept a émergé en Amérique Latine et a accompagné les luttes pour les droits des paysan-nes et pour le droit à l’alimentation. La Via Campesina a défini ce concept comme étant le « droit des individus, des communautés et des Etats à définir eux-mêmes leurs politiques agricoles et alimentaires, et ce, sans “dumping” vers les autres pays ». Les étudiant-es se sont aperçu-es que ce concept a aussi toute sa place en France, particulièrement dans ce contexte de prise de conscience par la jeunesse des enjeux agricoles, alimentaires et climatiques. C’est ainsi qu’a émergé l’idée du projet de solidarité internationale Colombi’alim. 

 

Les deux étudiant-es ont souhaité construire un projet pour comprendre comment ce concept a été concrètement appliqué en Amérique Latine - et particulièrement en Colombie où la souveraineté alimentaire a eu une place importante dans les luttes paysannes du pays. Mais l’objectif ultime des deux porteur-es de projet est de parvenir à partager ce concept en France grâce à un outil d’EAD. 

 

Durant deux mois, les deux acolytes ont sillonné la Colombie à la rencontre de nombreux acteurs et structures colombiennes. Leur objectif était de rencontrer les acteurs agricoles concernés par cette problématique afin de saisir comment ils s’approprient et appliquent cette notion sur leur territoire. De nombreux paysan-es, des agronomes, des chercheur-euses, des élu-es locaux-ales ainsi que des représentant-es d'associations ont donc été interviewé-es.

 

Les premières rencontres ont eu lieu à Bogota. Dans la capitale, les étudiant-es ont rencontré des salariées de l’ANZORC, structure qui fédère un grand nombre de zones de réserves paysannes, équivalents locaux de syndicats agricoles luttant (entre autres), pour une meilleure répartition de la terre. L’ANZORC représente ces groupes et se fait l’interlocuteur du gouvernement sur des thématiques liées à l’accès à la terre pour les paysan-nes, la déforestation, ... Le passage à Bogota a aussi été l’occasion de rencontrer Amanda Vargas, chercheuse en économie à l’université Lasalle, qui a pu resituer la souveraineté alimentaire parmi les nombreux enjeux agricoles et ruraux en Colombie.

 

Les rencontres suivantes ont eu lieu autour de Barrancabermeja, ville pétrolière au nord de Bogota. Ce moment a été l’occasion de visiter l’UniPaz, une université enseignant l’agronomie. Des échanges ont eu lieu avec des élèves et enseignants en lien avec les formations et la souveraineté alimentaire. Les étudiant-es ont même pu assister à une conférence sur la protection du jaguar. Suite à ces échanges à l’université, les étudiant-es sont partis trois jours dans la réserve paysanne du Rio Cimitarra, à la rencontre de paysan-nes membres de l’ACVC (Association Campesina del Rio Cimitarra), une association qui défend les paysan-nes et lutte pour un accès partagé à la terre et des droits pour les populations rurales. Ces rencontres ont été l’occasion de visiter une ferme collective qui permet aux paysan-nes de l’association d’obtenir des troupeaux de buffles afin de développer leurs activités.

 

L’étape suivante s’est déroulée autour de Medellin. Les étudiant-es ont rencontré l’association des Casas Familiares Rurales (Maisons Familiales Rurales), qui développe des formations pour les familles paysannes dans plusieurs villages des environs. Deux associations locales ont été visitées, la CFR d’Anori, où les étudiant-es ont rencontré des éleveur-euses et des cultivateur-ices de canne à sucre ainsi qu’un agent municipal en charge du développement agricole, et la CFR de Frontino, où iels ont rencontré des cultivateur-ices de café et de canne à sucre, mais aussi des membres d’une coopérative sucrière (en lien avec la canne à sucre), le représentant d’une communauté indigène et un élu local. Enfin, les étudiant-es ont pu participer aux journées nationales des CFR à Medellin, et rencontrer des moniteurs (représentants et responsables pédagogiques des CFR locaux) de toutes les antennes locales.

 

La dernière série de rencontre a eu lieu à Minca, petite bourgade dans la Sierra Nevada de Santa Marta (au Nord du pays). Ici, iels ont rencontré une association citoyenne en formation, La Semilla, qui s’intéresse aux savoirs agricoles anciens et plus particulièrement au pouvoir politique induit par la question des semences autochtones. Cette étape a aussi été l’occasion de visiter une ferme maraîchère et une plantation de cacao.

 

La mission fut une réussite, les deux étudiant-es sont parvenu-es à mieux saisir la réalité du concept, tout en appréhendant sa complexité au travers d’approches et d’applications très différentes. En outre, les deux porteur-ses de projet sont parvenu-es à partager en ligne, tout au long de leur mission, leurs rencontres, leurs interviews et ainsi les résultats obtenus. 

 

La dernière étape de ce projet de solidarité internationale est la construction et la diffusion d’un outil d’EAD : un jeu de société. Ce jeu de société vise à placer les joueur-euses dans le rôle suivant : ces dernier-ères doivent comprendre la notion de la souveraineté alimentaire grâce à des “rendez-vous” avec des acteurs agricoles colombiens. Au terme du jeu, c’est-à-dire des différents “rendez-vous”, les joueur-euses doivent échanger sur ce qu’ils ont retenu autour de la notion de souveraineté alimentaire. L’objectif sera aussi de faire se questionner les joueur-euses sur les implications de cette notion dans leur propre pays : en France. 

 

La première présentation officielle du jeu aura lieu au cours du Festival des Solidarités sur le campus de Talence (33) le 28 Novembre 2019. Un premier atelier aura lieu entre 14h et 18h et sera intitulé “La Souveraineté Alimentaire ? Le jeu des citoyens engagés !” et permettra de faire jouer les badauds afin de leur faire découvrir le jeu. Une seconde animation aura lieu entre 18h et 20h “De la souveraineté alimentaire à la solidarité internationale. Conférence-débat.” ; il s’agira d’une conférence “fishbowl” qui permettra aux joueur-euses, à des intervenant-es et aux intéressé-es de prendre la parole sur ce thème complexe et passionnant. 

 

En espérant vous voir nombreux le jeudi 28 Novembre à Talence !

20 octobre 2019
Isaline Reguer et Vincent Huss
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Groupe ISF