Miarinariv’Eau 2019

Ce document est l’aboutissement d’une mission solidaire à Madagascar autour de l’impact des techniques agricoles sur la ressource en eau. Ce projet a été réalisé en 2019, avec une phase de terrain entre le 28 juillet et le 24 août en partenariat avec l’intercommunalité MAMISOA et des membres de l’association JEUNE basée à Antananarivo. Nous avons donc rencontré des acteur·rices autour des problématiques agricoles et de la gestion de l’eau, de son accès et de sa qualité. Nous avons également organisé des ateliers visant à déterminer des solutions et leurs conditions d’application.
Labour manuel des rizières à Antsahalava, commune rurale de Soamahamanina
Claire Melot et Théo Loeillot

Ce projet a commencé il y a un an, avec une phase de diagnostic du territoire, des acteur·rices, et des problématiques. Il en est ressorti qu’il y avait une rareté primaire de la ressource en eau (tarissement des sources) et une rareté secondaire qui,elle, vient d’un problème de distribution de la ressource et de corruption. Nous nous sommes jugés plus légitime à agir sur la rareté primaire.

Ainsi, l’équipe franco-malgache de cette année a travaillé avec les agriculteurs·ices afin qu’ils·elles établissent des solutions pour une préservation de la ressource en eau. En effet, les agriculteur·ices en tant qu’acteur·ices du territoire sont aussi des acteur·ices de l’eau, d’autant plus dans cette région montagneuse avec des saisons des pluies marquées, où des changements de couverture du sol ont de fortes répercutions sur les bilans hydriques des bassins versants (1). L’originalité de notre projet a été de mettre en place des ateliers participatifs, où les étudiant·es français·es et malgaches avaient une place d’animateur·rices, afin que les solutions émergent des agriculteur·rices eux·elles-mêmes. En effet, il nous a paru que c’était une manière d’assurer des réponses aux besoins locaux et ancrées dans le contexte, car les agriculteur·rices possèdent une grande connaissance de leur milieu.

Nos principaux résultats ont été les suivants :

Pour lutter contre le ruissèlement qui empêche le rechargement des sources et cause érosion, perte de fertilité, ensablement des rizières, inondation, il faudrait construire un plan d'aménagement du bassin versant. Cette aménagement consiste en des actions de reboisement des hauteurs, de terrassement des rizières, d’implantation de barrières anti érosives et de vergers.

Pour ce qui est des freins à la réalisation des solutions, voici ceux qui ont été identifiés :

- Les ressources financières, abordées par le maire.
- Le manque d’initiatives personnelles, qui selon un agriculteur, était plus important que le manque d’argent, puisque beaucoup de choses seraient possibles à mettre en place sans financement.
- Le manque de communication entre agriculteur·rices d’un même espace. Cela est dû à un nombre trop peu important de rassemblements permettant de s’organiser mais aussi aux mentalités, qui se tournent de plus en plus vers l’individualisme.
- Le manque de connaissances pratiques, du fait de formations trop théoriques, trop peu continues ou suivies dans le temps et qui ne répondent pas toujours aux besoins réels des agriculteur rices.
- La vision à court terme, qui devient de plus en plus la règle. Cela s'explique en partie par un manque de régularité dans la tenue des titres fonciers. Certain·es agriculteur·rices se retrouvent expulsé·es par des descendant·es de colons qui font valoir leur droit de propriété plusieurs générations après l’installation de paysan·nes malgaches sur ces terres. Ainsi certain·es agriculteur·rices passent d’une vision patrimoniale de leurs terres à une vision minière où il faut tirer le maximum tant qu’elles leur appartiennent encore.

Ce projet a permis à notre équipe de mieux comprendre et connaître le contexte malgache dans ses différentes dimensions, de s’enrichir d’une expérience inoubliable et inspirante, et d’échanger sur nos cultures respectives. Ces découvertes, notamment concernant la consommation d’eau, ont ensuite pu être relayées en France au sein de notre école. De plus, la forme du projet étant atypique et innovante, nous avons pu nous faire un relais de notre expérience en animation, sur ce qu’il y aurait à améliorer et ce qui a fonctionné. Nous avons pu notamment participer à améliorer l’image de l’agriculture en montrant une nouvelle fois la capacité des agriculteur·rices à mettre à profit leur créativité et leur connaissance du territoire pour trouver eux·elles-mêmes des solutions. Ce projet a également permis aux agriculteur·rices de prendre un temps de réflexion et d’échange sur les problématiques qui les affectent. Ils·Elles ont pu partager leurs connaissances et penser des solutions à partir de celles-ci. Enfin, ils·elles ont pu identifier les freins à la mise en place de ces solutions et découvrir notamment que certaines étaient dès à présent accessibles sous la forme d’initiatives personnelles ou collectives.

Valorisation du projet :

Nous avons commencé par imprimer plusieurs photos du projet afin de réaliser une exposition. Nous avons pu l’exposer lors d’un évènement organisé par ISF Montpellier et le CARI (Le CARI est une association de solidarité internationale qui intervient depuis 1998 auprès des populations rurales du pourtour saharien, principalement dans la lutte contre la desertification) sur l’engagement des jeunes pour le climat. Cet évènement a eu lieu en novembre 2019 à Montpellier SupAgro et était ouvert à tous·tes. Nous avons pu, à cette occasion, restituer le projet également par un jeu de puzzle avec les différentes étapes du projet que les participant·es ont dû replacer. Cela nous fait deux outils que nous pourrons réutiliser pour d’autres restitutions comme par exemple lors de forums de différentes associations à Montpellier. Une vidéo retraçant les différents témoignages pourra venir compléter ces outils.

 

(1) bassin versant : territoire qui draine l’ensemble de ses eaux vers un exutoire commun. Il peut être défini à plusieurs échelles selon les objectifs, mais reste pertinent pour traiter en amont les problèmes liés aux eaux de surfaces. Ici nous conseillerons des échelles petites (bassin versant d’une source, d’un ruisseau) pour faciliter la constitution des groupes d’agriculteur·rices.

13 février 2020
Théo LOIELLOT, Claire MELOT
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Groupe ISF