Solidarité internationale : se réinventer pour ne pas disparaître
Alors que l'aide publique au développement subit une réduction historique, les organisations de solidarité internationales cherchent à s'adapter. Le dernier rapport du Lab Coordination Sud éclaire les défis, les tensions... et les possibles bifurcations.
Quelles capacités d’agir pour les organisations de solidarité internationale dans un contexte politique et géopolitique qui met en cause leur légitimité ?
Étude Kayros pour ONGLAB - Octobre 2025
L’automne 2025 confirme ce que beaucoup redoutaient : le secteur de la solidarité internationale traverse une zone de turbulences sans précédent. Après deux années de coupes successives, l’aide publique au développement (APD) aura perdu plus de la moitié de son budget. Une hémorragie budgétaire qui fragilise tout un écosystème (ONG, collectifs, associations) déjà éprouvé par un contexte politique et géopolitique de plus en plus hostile.
C’est dans ce paysage troublé qu’a été publiée l’étude "Poursuivre, s’adapter ou se réinventer face à des vents contraires : Quelles capacités d’agir pour les organisations de solidarité internationale dans un contexte politique et géopolitique qui met en cause leur légitimité ? ", réalisée par Kayros pour l’ONG Lab de Coordination SUD. Le rapport dresse un constat lucide : les organisations de solidarité internationale (OSI) voient aujourd’hui leurs fondements mêmes remis en cause. Leur légitimité, leur financement et leur liberté d’action sont fragilisés par la montée des régimes autoritaires et par un climat de méfiance envers leurs interventions.
L’étude identifie cinq grands fronts de fragilisation : la remise en cause de l’aide au développement, des postures partenariales et de la mobilité internationale, la contraction de l’espace civique et les restrictions croissantes sur l’action humanitaire. Les options d'adaptation sont tantôt matérielles, tantôt stratégiques, et ISF n'en a pas fait exception. Des réflexions stratégiques sont engagées depuis plusieurs années par la remise en question des dynamiques néocoloniales entretenues par le milieu de la SI (comme si bien dépeint dans le jeu des affiches historiques du CCFD). Les adaptations matérielles, elles, ont été mises en place dans l'urgence, au rythme des coupes brutales des moyens attribués par l'état au travers de l'APD.
Aujourd'hui le défi central est celui de la mobilisation bénévole, alors que l'essoufflement militant se combine aux transformations structurelles du secteur. En effet, les évolutions de récits engagées par les OSI peinent encore à dépasser l'échelle interne : il faut désormais expliciter davantage nos démarches et nos positions à des publics extérieurs moins familiers des enjeux politiques du secteur. Le rapport souligne que les adaptations se font surtout par rapport à nos postures (internationale, politique et organisationnelle).
Serait-ce le signe que ces postures n'ont pas été suffisamment clarifiées ces dernières années ? Mais comment faire face à un tel défi ? Qui convaincre en priorité ? Faut-il revoir nos récits ? Nos cibles ? Ou nos modes de collaborations entre OSI et organisations sympathisantes pour porter nos messages plus haut et plus forts ?
Le rapport avertit : laisser ces questions en suspens constitue un facteur d'affaiblissement durable pour nos OSI. La disparition progressive des financements publics pourrait marquer un tournant : certaines OSI seront amenées à affirmer plus fermement leurs valeurs et à développer des stratégies de plaidoyer plus frontales (y compris en portant une critique explicite des positions de la France). Ces démarches progressives peuvent être freinées par les réticences internes, certains membres jugeant ces mutations engagées suffisantes. Et pourtant, les coupes budgétaires n'ont suscité de mobilisation massive du grand public, révélent un déficit d'alliances et de récits partagés.
Malgré les dissensus qui traverse le milieu des OSI, des rapprochements restent possibles : la mutualisation des efforts de communication est une des pistes à explorer dans les années à venir. Si les conclusions du rapports restent clivantes, elles invitent néanmoins à dépasser l'idée d'une individualisation des positionnements : les associations continuent de se réunir, d'élaborer des prises collectives et de rendre visibles nos visions de la SI. C'est peut-être dans ce tournant plus militant, assumé et collectif, que se jouera la résilience du secteur !
8 janvier 2026
Nova Guion et Flora Moïse
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