Histoire d'une rencontre sur une exploitation agricole avec Terre 2 Cultures

Extraits de la newsletter écrite dans le cadre du projet "Les Champs au-delà des frontières" mené en 2021 par ISF Montpellier : un récit de futures ingénieures agronomes, qui souhaitent comprendre comment les migrations peuvent être sources de développement agricole ou de précarité dans les territoires d'arrivée et de départ.
Accueil de personnes réfugiées sur une exploitation agricole
Projet "Champs au delà des frontières"

" Notre première étape se trouve dans le Sud-Ouest de la France, à Moissac (12 500 habitants), situé entre Montauban et Agen, dans le Tarn-et-Garonne.

Arrivées dans une exploitation de pommiers et de kiwis, il faut à cette période de l’année tailler, enlever le lierre aux pieds des arbres, mettre des diffuseurs hormonaux contre le carpocapse et commencer le traitement contre la tavelure puisque les premières feuilles ont fait leur apparition. Comme à chaque saison, le travail ne manque pas.

Notre venue s’explique grâce à la rencontre de l’association Terre 2 Cultures qui s’engage pour l’insertion de personnes réfugiées dans le domaine agricole en faisant le lien entre les exploitant⋅es et les personnes réfugiées qui recherchent un emploi. Barrière de la langue, système administratif français complexe... les obstacles sont nombreux pour trouver du travail. Avec des travailleur⋅ses sociaux⋅les, l’association les accompagne dans leurs démarches du quotidien, s’assure du bon déroulement à la ferme, les soutient s’iels veulent suivre des formations pour changer de métier ou favorise leur mobilité en leur fournissant parfois des vélos. Ici, sans voiture, il est difficile d’aller acheter son pain ou d’aller au bistrot à pied dans le centre de Moissac.

Sur la ferme, nous suivons les salariés agricoles : 2 français, 3 portugais et 2 afghans qui ont été employés grâce à l’association. Ils nous expliquent que la main d’œuvre est généralement étrangère. Pendant les récoltes, fin d'été, début d'automne, moment de l’année qui nécessite le plus de main d’œuvre, il y aurait environ 80% de personnes d’origine étrangère contre 20 % de personnes françaises. Il devient de plus en plus difficile de recruter de la main d’œuvre. Il y a toujours eu des personnes venant travailler dans les exploitations arboricoles. Dans les années 60, c’était les espagnols, les portugais puis il y a eu les marocains et actuellement de nombreuses personnes viennent de Pologne et Bulgarie mais toute cette évolution s’est accompagnée d’une diminution de la main d’œuvre française.

Les principes de Terre 2 Cultures : Inclusivité , Dignité , Autonomie

Finalement Terre 2 Cultures n’est qu’un exemple de structure qui fait du lien, redonne de la dignité et construit des avenirs pour tout·es celles et ceux qui se retrouvent déraciné⋅es de leur pays d’origine. Parmi le gros millier de structures œuvrant dans les domaines de l’asile, l’immigration et l’insertion1, on peut également citer l’association A4 qui explore aussi bien l’insertion au sein d’exploitations agricoles que dans les domaines de l’artisanat.

Elles ont à cœur et répondent au lourd challenge d’offrir à la fois des emplois et des habitations en accord avec les désirs, les besoins et les expériences des personnes concernées ayant quitté leur pays d’origine, tout en alertant sur le dépérissement du milieu paysan et artisanal et l’accaparement de nos productions par l’(agro)industrie.

Une devise pour l’association A4 :

Nous voulons tisser des ponts entre la mer, la ville et la campagne.
Nous voulons construire des espaces communs d’hospitalité, de partage, d’accompagnement et d’entraide par le bas, d’égal à égal."

 

1 https://www.senat.fr/questions/base/2022/qSEQ221204252.htmlgitsii

 

5 janvier 2024
Baptiste Soubra et Annouk Dandalet, bénévoles CN