Comment la banque de l’Union Européenne finance l’exploitation du Sud

L’industrie minière est une activité très controversée en raison de ses conséquences sur les populations et leur environnement. En plus d’être non-durable, puisqu’elle consiste à exploiter des ressources épuisables, elle est responsable d’importants impacts négatifs, directs et indirects : déforestation, atteintes à la biodiversité, pollution des eaux et des sols, déplacements de populations, conflits, violation des droits humains, aggravation des inégalités, corruption, détournement des ressources au profit de l’industrie et au détriment des populations...
Impacts de l’industrie minière
Impacts de l’industrie minière
Flickr - Claudio Vaccaro - cc

En Afrique, les mines sont aujourd’hui majoritairement exploitées par des entreprises étrangères. Ces dernières bénéficient du soutien d’institutions financières publiques, notamment de la Banque Européenne d’Investissement (BEI), qui accorde des prêts à de grandes sociétés minières australiennes, américaines ou canadiennes, pour la mise en place de projets miniers.
Quand elle intervient en dehors de l’UE, la BEI n’est liée par aucune norme environnementale et sociale précise. Agissant dans l’opacité, sans capacité d’expertise à la hauteur de ses moyens financiers, la BEI fait preuve d’un retard considérable par rapport à la plupart des institutions financières internationales (Banque mondiale ou banques régionales de développement), elles-mêmes pourtant critiquées pour leurs lacunes par la société civile. En pratique, la BEI se comporte comme une institution répondant avant tout aux besoin de ses clients, principalement des multinationales occidentales.


Ainsi, alors qu’elle n’apporte qu’un très faible soutien (voire aucun soutien) aux secteurs jugés indispensables en terme de réduction de la pauvreté (agriculture, eau, santé, éducation...), la BEI affecte d’énormes financements à de grands projets miniers, notamment dans la région ACP. ll est choquant qu’une institution européenne, dont le capital est souscrit par les Etats membres, soutienne un secteur dont les conséquences sur les populations et l’environnement sont aussi dévastatrices, alors qu’elle ne dispose d’aucune norme pour limiter les risques.

A la fin de l’année 2007, la BEI a lancé un processus de révision de ses normes sociales et environnementales qui sera ouvert aux organisations de la société civile. C’est une première ! Cette occasion de se mobiliser et de contribuer à l’évolution de cette banque est essentielle.

Parce que la France est l’un des actionnaires principaux de la BEI, et qu’elle a à ce titre une lourde responsabilité, les amis de la Terre demandent aux décideurs politiques français de se mobiliser afin que la France intervienne fermement auprès de la BEI pour qu’elle assume les responsabilités liées à son rôle de banque de développement de l’Union Européenne dans les pays du sud.

Elle devra :
- Arrêter de financer des projets miniers en Afrique tant qu’elle ne se sera pas dotée de normes sociales et environnementales crédibles (moratoire)
- Respecter dans la zone ACP l’objectif de promotion du développement durable inscrit dans les accords de Cotonou (que la BEI doit respecter)
- Profiter du processus de révision de ses normes environnementales et sociales en 2007-08 pour se mettre au niveau des meilleures normes internationales en vigueur
- Améliorer significativement la transparence de ses opérations, afin de permettre un contrôle de l’utilisation de ses fonds publics..

3 novembre 2009
présentation de la campagne des Amis de la Terre
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Groupe ISF