30 ans de collaborations avec les pays du Sud

Au cours de son histoire, Ingénieurs sans frontières n’a eu de cesse de se questionner et de remettre en cause les modalités de son action au Sud. Ces débats ont conduit l’association à de multiples et profonds changements.
Electrification d'une maison des jeunes en Guinée
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ISF Nantes
L’association Ingénieurs sans frontières est créée en 1982 par deux étudiants constatant l’absence d’association de solidarité internationale dans le milieu ingénieur. À travers son nom, l’association s’inscrit dans la suite des célèbres « French Doctors » de Médecins sans frontières. La première charte de l’association proclame que son but est de « servir d’appui technique aux projets de développement des populations les plus démunies des pays en développement et sensibiliser les ingénieurs aux problèmes de ces pays ». L’intervention des membres d’ISF s’inscrit dans l’approche technique des problématiques de développement où les élèves ingénieurs apportent leurs connaissances issues de leur formation. Mais ISF se singularise car si l’action urgente n’est pas exclue, le développement à long terme reste l’objectif principal. En outre, la charte insiste également sur l’importance de la sensibilisation des futurs ingénieurs. Ces deux aspects portent ainsi les germes des évolutions futures de l’association.

Les premières évolutions

Lors de leurs premières missions, les membres d’ISF cumulent les postes : chefs de projet, bureaux d’étude, ouvriers, etc. Les premiers comptes rendus de missions mettent alors en lumière le manque de préparation et de connaissance des membres de l’association. De plus, la structuration de l’association, marquée par le renouvellement de membres étudiants et leur disponibilité limitée à des séjours ponctuels, entre en contradiction avec la volonté des populations locales d’avancer plus rapidement.

ISF se montre particulièrement réactive pour répondre à ces problèmes. L’association crée des procédures pour améliorer la préparation de ses projets et la capitalisation des expériences, comprenant des réunions de bilan et des rencontres obligatoires d’experts. L’implication des partenaires locaux s’est accrue avec l’instauration du partenariat obligatoire en 1987.

Ces questions conduisent également à des changements plus profonds dans les principes d’action d’ISF. Après 10 ans d’existence, la nouvelle charte d’ISF met ainsi sur le même plan l’appui technique, la formation des acteurs locaux et les actions d’éducation au développement. Les années 90 sont également marquées par la professionnalisation de l’intervention d’ISF pour gagner en efficacité sur les projets.

La crise des années 2000

Cette double évolution aboutit à une remise en cause profonde de l’identité d’ISF à partir des années 2000. La professionnalisation a créé une cassure entre les volontaires salariés et les élèves ingénieurs de l’association. Un choix doit être fait entre l’approche professionnelle et la volonté d’offrir aux étudiants une réflexion poussée sur leur rôle autour du thème de l’ingénieur citoyen. Il fut même question d’abandonner totalement l’aide au développement !

Ainsi, dans la charte de 2002, la finalité de l’action d’ISF est définie comme la lutte pour « un exercice harmonieux des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels au niveau mondial ». L’approche positiviste du développement par la technique laisse donc la place à la question de l’action de l’ingénieur vis-à-vis des grands enjeux de société. L’accent est également mis sur l’importance des échanges interculturels et la confrontation des expériences. L’action de l’association est donc fortement repensée. ISF renouvelle son engagement avec le Sud mais la mission technique ne constitue qu’une des formes d’action. Cette nouvelle orientation renforce l’importance de l’accompagnement des groupes locaux notamment sur leur positionnement vis-à-vis de leurs partenaires.

Après 30 ans d’existence, ISF souhaite poursuivre ses réflexions sur le rôle de l’ingénieur au travers de projets en collaboration avec les pays du Sud. L’expérience et la capacité de remise en cause d’ISF y sont des atouts majeurs pour maintenir son originalité et sa pertinence..
27 février 2013
Rémi Cerdan, équipe Relations Sud