Agir Vers l’Inclusivité : mieux prévenir et traiter les violences discriminatoires dans nos espaces associatifs

Comment faire de nos associations des espaces d’engagement réellement inclusifs et sécurisants ? Comment mieux prévenir les violences discriminatoires, les identifier lorsqu’elles surviennent et accompagner les bénévoles qui doivent y faire face ? C’est autour de ces questions qu’ISF mène depuis 2024 le projet Agir Vers l’Inclusivité (AVI) en partenariat avec l’Observatoire des Formations Citoyennes !
Projet "Agir Vers l'Inclusivité"
Projet "Agir Vers l'Inclusivité"
Ingénieurs Sans Frontières

Les associations sont des espaces d’engagement, de rencontres et d’émancipation. Elles ne sont pourtant pas imperméables aux rapports de domination qui traversent le reste de la société. Des comportements et violences sexistes, racistes, validistes, homophobes ou transphobes peuvent également s’y produire, parfois sans que les bénévoles disposent des outils nécessaires pour les identifier, les prévenir ou savoir comment réagir. 

C’est à partir de ce constat qu’Ingénieurs Sans Frontières (ISF) et l'Observatoire des Formations Citoyennes (OFC) porte le projet Agir Vers l’Inclusivité (AVI), soutenu par le Fonds pour le développement de la vie associative (FDVA) dans le cadre de son volet national « Études et expérimentations ». L’ambition du projet : améliorer les processus de prévention, d’identification et de traitement des violences discriminatoires afin de rendre les espaces d’engagement associatif plus inclusifs, sereins et sécurisants.

 

Partir de l’expérience d’ISF sur les VSS pour élargir notre approche

Le projet AVI s’inscrit dans la continuité d’un travail engagé depuis plusieurs années à ISF autour du sexisme et des violences sexistes et sexuelles (VSS). Un premier état des lieux avait notamment été réalisé au sein de la fédération en 2021, tandis que des procédures de signalement et des formations à la prévention des VSS ont progressivement été développées.

Le projet AVI propose de prolonger et d’élargir ce travail en intégrant plus largement les comportements et violences sexistes, racistes, validistes, homophobes et transphobes. Il s’agit également de regarder ce qui existe déjà dans les groupes locaux : comment ces situations sont-elles prises en compte ? Quels dispositifs ont été mis en place ? Comment les victimes, les témoins et les auteur·rices sont-ils et elles accompagné·es ? Quels liens sont construits avec d’autres organisations pour répondre à ces problématiques ?

Cette question de l’échelle est importante pour AVI. Dans une fédération comme ISF, les pratiques et les moyens peuvent être très différents d’une association locale à l’autre. Un dispositif construit au niveau national n’est utile que s’il est connu, approprié et mobilisable localement. Le projet cherche donc aussi à comprendre les écarts qui peuvent exister entre les principes défendus par la fédération, les outils disponibles et leur traduction concrète dans les espaces d’engagement.

 

Une démarche d’étude et d’expérimentation

Ce projet AVI ne consiste donc pas à produire directement un nouveau protocole. Le choix a été fait de commencer par un état des lieux, pour mieux comprendre les violences discriminatoires présentes dans le réseau, les représentations des bénévoles, les réponses déjà apportées et les besoins qui restent à couvrir.

Pour mener cette étude, ISF travaille avec l’Observatoire des Formations Citoyennes (OFC), qui assure l’accompagnement méthodologique et la production de données, tandis qu’ISF anime la démarche et fait le lien entre les différentes parties prenantes.

Plusieurs méthodes sont croisées : revue bibliographique, questionnaire national, entretiens exploratoires, entretiens individuels et observations de temps associatifs et de formation. L’objectif est de mettre en regard les données quantitatives et qualitatives pour comprendre non seulement quelles violences et discriminations sont perçues ou vécues, mais aussi comment elles sont comprises, traitées et prises en charge dans la vie associative.

Cette démarche doit aboutir à un rapport d’étude et une synthèse, qui serviront de base à la construction et à l’expérimentation des futurs outils.

 

De la sensibilité aux discriminations à la capacité d’agir

Les premiers travaux permettent déjà de faire apparaître un enjeu central : être sensibilisé·e aux violences discriminatoires ne signifie pas nécessairement savoir comment agir lorsqu’elles surviennent.

L’étude s’intéresse donc autant aux représentations et au niveau de sensibilisation des bénévoles d'ISF qu’à leur capacité concrète à identifier une situation, connaître les procédures existantes, effectuer un signalement ou accompagner les personnes concernées.

Ce décalage est particulièrement important pour penser la suite du projet. L’enjeu n’est pas seulement de sensibiliser davantage, mais de proposer des procédures suffisamment claires, des formations et des outils opérationnels, adaptés aux réalités de l’engagement bénévole et aux moyens des associations locales.

Le projet AVI cherche ainsi à partir des pratiques existantes plutôt qu’à construire une réponse uniforme : les propositions seront travaillées avec les associations locales afin qu’elles puissent être adaptées, appropriées et réutilisées dans différents contextes.

 

Les 3 phases du projet : du diagnostic à l’expérimentation

Le projet se déploie en trois grandes étapes.
 

Phase 1 – État des lieux (2025-2026).
Cette première phase vise à documenter les violences discriminatoires et leur traitement dans le réseau. Elle combine revue bibliographique et entretiens exploratoires, questionnaire national, entretiens individuels et observations lors de formations et d’événements associatifs. L’analyse croisée de ces données quantitatives et qualitatives a donné lieu à un rapport d’étude et une synthèse à la rentrée 2026.
 

Phase 2 – Construction d’outils et expérimentations (fin 2026).
Les enseignements de l’étude serviront ensuite à construire des réponses concrètes : un livret « Pour des associations inclusives », des modules de formation pour reconnaître et prévenir les violences discriminatoires et une procédure de prévention et de gestion prenant en compte les victimes, les témoins et les auteur·rices. Ces outils seront construits et testés avec les associations afin qu’ils puissent être réellement appropriés dans les groupes locaux. 

Phase 3 – Diffusion et valorisation (début 2027).
Les résultats de l’étude et les outils expérimentés seront présentés aux associations afin de les améliorer, avant d’être diffusés dans le réseau ISF et plus largement auprès d’autres organisations. Les ateliers d’éducation populaire, modules de formation, procédures et ressources produits auront vocation à être réutilisables dans d’autres espaces associatifs. Cette possibilité d’essaimage est présente dès la conception de l’étude.

 

Vers une justice transformatrice

Le projet AVI ouvre enfin un chantier plus exploratoire : celui de la prise en charge et de la responsabilisation des auteur·rices de violences discriminatoires.

Les dispositifs associatifs sont souvent construits autour du signalement, de la protection des victimes et, lorsque cela est nécessaire, de la sanction. Ces dimensions restent indispensables. Mais le projet souhaite également se demander comment prévenir la répétition des violences et comment permettre à un·e auteur·rice de prendre conscience de ses actes et de faire évoluer ses comportements.

C’est dans cette perspective qu’AVI explore des approches inspirées de la justice restaurative. Celles-ci invitent notamment à ne pas regarder uniquement l’acte individuel, mais aussi l’environnement social dans lequel les violences ont pu être banalisées ou favorisées. Cette réflexion fait particulièrement sens dans les milieux universitaires et les écoles d’ingénieur·es, où certains mécanismes de banalisation des VSS et d’autres discriminations sont documentés.

L’objectif est donc d’expérimenter, avec prudence et en lien avec des personnes compétentes, des modalités d’accompagnement complémentaires aux réponses existantes.

 

Construire des outils qui puissent réellement vivre dans les associations

À travers AVI, ISF cherche finalement à répondre à une question très concrète : comment passer de valeurs d’inclusivité affichées à des pratiques qui permettent réellement de prévenir et de traiter les violences discriminatoires ?

Cela suppose de mieux connaître les situations vécues par les bénévoles, mais aussi de regarder les dispositifs déjà en place, leurs manquements et leurs limites, la manière dont ils sont appropriés et les moyens dont disposent les associations pour les appliquer.

Le projet doit ainsi permettre de construire progressivement une réponse plus complète :

  • identifier, prévenir, signaler et prendre en charge les violences discriminatoires
  • accompagner les victimes et les témoins
  • mieux outiller les bénévoles et les groupes locaux
  • travailler sur la responsabilisation des auteur·rices

Avec une ambition qui reste le fil rouge du projet : faire de nos associations des espaces d’engagement plus sereins, inclusifs et sécurisants, et partager les enseignements et outils produits avec d’autres organisations confrontées aux mêmes enjeux.

26 août 2026
Flora Moïse
Thématique