Réinventer le cycle des nutriments : le projet "Urécycling"
L’écologie ne se limite pas aux enjeux énergétiques et carbone. Nous faisons face à une crise systémique qui nous impose de repenser notre société autour des neuf limites planétaires, identifiées par le groupe suédois du Stockholm Resilience Centre.
L’une de ces limites concerne la perturbation des cycles naturels de l’azote et du phosphore. Depuis la fin de la Première Guerre mondiale, l’exploitation intensive des mines de phosphates et l’industrialisation du procédé Haber-Bosch (capable de produire massivement des engrais azotés) ont profondément modifié ces cycles.
Ces engrais azotés sont épandus sur les champs pour stimuler la croissance des plantes. Or, près de la moitié est lessivée par les pluies, contaminant rivières et nappes phréatiques. Le reste est absorbé par les plantes, puis se retrouve dans nos assiettes. Une fois digéré, l’azote non assimilé par notre organisme est excrété. Nos réseaux d’assainissement, saturés lors de fortes pluies, débordent et polluent à nouveau les milieux aquatiques.
L’azote est ensuite partiellement traité en station d’épuration, où une réaction inverse à celle du procédé Haber-Bosch est appliquée. La quantité d’énergie consommée pour créer et détruire l’azote est ainsi quasi équivalente.
Voilà le nouveau cycle des nutriments que nous avons instauré. Le chercheur Fabien Esculier parle de système alimentation-excrétion, géré de manière linéaire. Ce système émet une quantité importante de gaz à effet de serre : la synthèse des engrais azotés représente à elle seule 2 % des émissions mondiales. Il dégrade aussi la qualité des sols et des milieux aquatiques, tout en dépendant de la consommation d’eau potable et d’énergies fossiles mettant ainsi en péril notre souveraineté alimentaire.
Si cette organisation pouvait se justifier à une époque où les ressources fossiles semblaient inépuisables et les conséquences du réchauffement climatique mal connues, elle apparaît aujourd’hui totalement obsolète.
Comment transformer ce système ? Une piste explorée par des chercheur·euses, notamment dans le cadre du programme OCAPI en France ou du Krekstropteknik en Suède, consiste à revaloriser les urines et les matières fécales pour l’agriculture, afin de créer un système circulaire d’alimentation-excrétion.
En France et en Suède, des écovillages, des habitats participatifs, des écoles et des établissements accueillant du public se sont déjà équipés de toilettes spécialisées (toilettes sèches, toilettes à séparation et urinoirs féminins) permettant la collecte et la valorisation de nos excréments.
Le projet Urécycling a pour objectif de visiter différents lieux et rencontrer différent·es acteur·rices qui mettent en lumière le non-sens écologique de l’assainissement conventionnel, d’interroger notre rapport aux toilettes et à nos excréments, et d’encourager l’installation de systèmes de collecte des urines dans les écoles d’ingénieur·es.

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