Micro à négaWatt pour l’introduction des RESIC 2026

Pour les RESIC 2026 sur le thème «  Extractivisme : jusqu’où irons-nous dans l’exploitation des ressources ? » Judith Pigneur, Cheffe de projet matériaux & sobriété à négaWatt nous a présenté ses travaux autour des impacts de l’extraction minière des métaux. Cette tribune est une adaptation d’une partie de la conférence sous un format question réponse.
Judith Pigneur de négaWatt pendant la conférence d'introduction des RESIC 2026 sur l'extractivisme
Judith Pigneur de négaWatt pendant la conférence d'introduction des RESIC 2026 sur l'extractivisme
ISF France

Pour commencer, peux-tu nous présenter ton parcours ?

Mon engagement a commencé pendant mes études à l’ENSG1 Nancy, au début des années 2010, où j’ai rencontré un groupe d’étudiant·es qui allaient donner naissance à l’association SystExt. Ensemble, on a commencé à faire de l’éducation au développement2 et de la sensibilisations aux impacts des systèmes miniers.

J’avais envie de continuer de travailler sur le sujet des impacts en tant que professionnelle mais il n’y avait pas d’offre à ce sujet sur un poste d’ingénieure alors j’ai commencé une thèse sur les impacts de l’extraction de terres rares en Chine. Après ce long approfondissement, j’ai eu besoin de prendre de la distance des seuls impacts et je me suis tournée sur les solutions, pour impulser un changement culturel de la consommation de métaux. J’ai donc rejoint négaWatt sur mon poste actuel : Cheffe de projet matériaux & sobriété.

Qu’est-ce que l’association négaWatt ?

Depuis 2003, négaWatt fait des scénarii de transition énergétique avec la perspective de sortir du nucléaire et du pétrole. Le message principal est qu’on peut aller vers un mix énergétique à 100 % renouvelable mais seulement si on pense une consommation sobre et efficiente.

Mon poste a été créé avec le projet Minimal qui vise à créer une feuille de route à l’échelle européenne, avec trois scenarii de modèle de consommation et de production plus sobre et efficient en consommation de métaux et minerais.

Pourquoi ce projet a-t’il été créé ?

Le projet est lié à trois constats des impacts du système minier. Tout d’abord, le manque de résilience de l’Europe pour son approvisionnement en divers métaux. Puis le besoin de métaux rares pour mettre en œuvre une production 100 % renouvelable et enfin l’empreinte environnementale croissante du système minier.

Pour cette dernière, on le doit à la croissance constante de notre consommation mais aussi à la perte en qualité des gisements. La qualité du gisement est la teneur en métal par mètre cube de minerai. Face à ça, les processus d’extractions et de traitements deviennent plus énergivores, et la production de déchets broyés en granulats augmente de manière exponentielle. Ces déchets imposent un défi de stockage car les procédés physiques et chimiques qu’ils ont subit, ont libéré des substances toxiques qui, sorties de la structure cristalline de la roche deviennent plus volatiles. C’est un grand enjeu pour la gestion des lieux de stockage. Par exemple, en 2001, la rupture d’une digue d’un stockage de résidus miniers aurifères a déversé 10 000 m d’eau usée polluée au cyanure. Pour certaines des rivières ainsi polluées, les expert·es ont pu compter 100 % de mortalité des poissons.

Comment on peut penser la résilience de l’Europe pour la production de métaux ?

Actuellement, la réflexion sur la résilience des chaînes d’approvisionnement se repose sur des scenarii de consommation toujours croissante. Au niveau européen, on définit une liste de 34 métaux critiques3 pour lesquels on doit repenser l’approvisionnement en priorité. Les politiques actuelles mettent en avant la relocalisation pour devenir compétitifs tout en privilégiant les partenariats avec les pays producteurs pour garder l’accès aux ressources. C’est un modèle qui pense une addition des structures et pas leur réorganisation. De plus, l’approche par la relocalisation occulte la perte de savoir technique qu’on a accumulé en extériorisant notre production. Il nous faudrait un temps considérable de développement pour se réapproprier les évolutions technologiques produites par les autres pays tout en s’adaptant aux enjeux locaux comme les différences de droits humains et environnementaux.

A négaWatt, nous ne nous opposons pas à la relocalisation mais elle doit se faire en changeant le paradigme de consommation de l’énergie par la sobriété et l’efficience. Ça serait une façon de mieux maîtriser notre approvisionnement mais on ne doit pas le faire au prix du recul de nos droits.

 

1 École Nationale Supérieure Géologie Nancy

2 Aujourd’hui, on l’appelle ECSI : Éducation à la Citoyenneté et la Solidarité Internationale ou EPS : Éducation Populaire et Solidaire

3 Une liste des matières critiques a été établie par l’Union européenne dans la législation sur les matières premières critiques pour l’avenir des chaînes d’approvisionnement de l’UE.

11 juin 2026
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