ISF entend conduire une étude transversale sur la place des ingénieurs du Sud dans les projets eau et assainissement. Il s’agit par ce biais et à travers ce champs d’étude de mobiliser la parole du Sud pour asseoir des premiers éléments de connaissances, d’analyses, de plaidoyer et construire des bases de partenariat sur les problématiques plus générales de la valorisation des compétences locales, de la formation et l’insertion professionnelle des ingénieurs du Sud. Ce travail, lancé en janvier 2009, doit constituer en fonction de ses résultats une première phase d’une action de moyen terme visant à favoriser un dialogue inter-acteurs dans plusieurs pays africains (le Sénégal, le Burkina Faso et le Cameroun), mais aussi au sein des coopérations sur ces questions.
Constats/hypothèses :Le discours des acteurs de coopération internationale sur la place des acteurs locaux est aujourd’hui pratiquement unanime : le recours à l’expertise locale et son renforcement sont absolument nécessaires. Dans les pratiques, il subsiste encore beaucoup de décalages qui ont une influence autant sur les questions d’insertion et de formation des ingénieurs du Sud que sur le développement des territoires. Les politiques publiques et/ou espaces de réglementation entre pays imposent peu de cadres ou de règles d’intervention aux partenaires du développement dans ce domaine.
L’insertion professionnelle des ingénieurs du Sud dans leur pays reste difficile. Cette difficulté concerne autant les ingénieurs du Sud formés au Nord que ceux formés au Sud. La voie privilégiée est souvent celle de la consultance, du travail en ONG, en bureau d’études ou dans des programmes de coopération. Les pratiques de coopération, comme la faiblesse des politiques publiques dans ce domaine participent à renforcer cette tendance au détriment du développement d’une maitrise d’ouvrage locale (au sein des collectivités, des services de l’état) dans les pays concernés.
Les cursus de formation en « ingénierie » au Sud émergent de plus en plus. Cette évolution se fait souvent avec l’appui de financements internationaux, de programmes de coopération, de partenariats avec des écoles du Nord. Pour assurer leur pérennité, ces initiatives se construisent sur des modèles alliant souvent formation et prestation, proposant des cursus payants, et s’inspirant des contenus de formation au Nord. Ce processus s’opère avec le consentement des Etats sans pour autant que ceux-ci en aient la réelle maîtrise, ou même une politique élaborée et planifiée sur la question.
Les acteurs camerounais et burkinabè concernés par ces questions sont multiples (ministères, universités, centre de formations, ONG, Bureaux d’Etudes, entreprises, collectivités locales, etc.) et issus de divers secteurs (privé/publique, Etat/société civile). Si beaucoup ont leurs propres idées et développent des actions, des stratégies dans ces domaines, peu d’espaces d’échanges et de dialogues pluri-acteurs existent et permettent une mise en débat et en cohérence de ces visions et réflexions dans une optique de produire des cadres locaux ou nationaux de référence. Par ailleurs, dans des contextes difficiles, les Etats du Cameroun et du Burkina Faso doivent concentrer leurs efforts nationaux sur des priorités de développement et des enjeux de lutte contre la pauvreté. Les politiques publiques de valorisation, de formation et d’insertion professionnelle sont rarement abordés sous l’angle des ingénieurs du Sud.
Objectifs :· Donner et relayer la parole des acteurs du Sud pour qu’ils témoignent sur la question de la valorisation, de la formation et de l’insertion professionnelle des ingénieurs, techniciens du Sud ;
· Contribuer à une meilleure connaissance, des catégories d’acteurs locaux du domaine de l’eau et de l’assainissement dans les pays du Sud, de leurs rôles respectifs et de leurs capacités des enjeux autour de leur formation et insertion ;
· Participer à la sensibilisation des acteurs de développement du secteur de l’eau et des ingénieurs et élèves ingénieurs français sur les impacts de la faible reconnaissance /valorisation des ingénieurs du Sud et la problématique de l’insertion ;
· Contribuer à l’émergence d’un dialogue et de débats entre acteurs dans l’optique de participer à la construction de politiques publiques dans les domaines concernés par l’étude ;
Champ de l’étude :Le champ thématique de l’étude sur « la place des ingénieurs du Sud, leur formation et leur insertion professionnelle » étant vaste, on se limitera au domaine de l’eau et de l’assainissement. On entend ici par ingénieur du Sud des cadres techniques exerçant des responsabilités au sein de projets eau et assainissement, d’entreprises, de bureaux d’études, de collectivités locales ou services déconcentrés de l’état, ou ayant une formation d’ingénieur mais n’exerçant pas forcément comme tel. La problématique du rôle des ingénieurs du Sud, de leur formation et de leur insertion sera analysée à travers 2 axes d’études avec pour chacun plusieurs « portes d’entrée » (cf. également grille de questionnements en annexe):
Axe n°1 : La place des ingénieurs du Sud dans les projets eau et assainissement : Discours et
pratiques de coopération
Axe n°2 : Formation et insertion professionnelle des ingénieurs du Sud
Calendrier de réalisationL’année 2009 sera consacrée à trois principales phases : La préparation de la méthodologie et des missions, les missions d’études en elles-mêmes (au Sénégal, Burkina Faso et Cameroun) et les premières restitutions de l’étude (deux ateliers au Burkina Faso et au Cameroun et 2 conférences et plusieurs ateliers en France lors des
journées nationales d’ISF).
L’année 2010 constituera une deuxième phase de ce projet et consistera sur la base des éléments de diagnostic et de plaidoyer recueillis à faciliter l’organisation de temps d’échanges et de dialogue entre société civile, organisation d’ingénieurs, école d’ingénieurs et pouvoirs publiques sur ces questions de valorisation, formation et insertion professionnelle.
Principaux partenaires :F3E / Cota / Le PSEau / Coop dec conseil /La Direction Eau et Assainissement de l’AFD
ERA – Cameroun / IRCOD Alsace / Le Conseil Régional du Limousin / Le GRDR
/ Coalition eau / L’institut international d’ingénierie de l’eau et de l’environnement (2IE)